• Le Rat et l'Huître. (Fable de La Fontaine)

     

     

    Jean de La Fontaine  Fables

    Livre huitième

    V111

    Fable 1X

    Le Rat et l'Huître.

     

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    JEAN DE LA FONTAINE

    Livre V111, fable 9

     

    Le Rat & l’Huitre.

    Un Rat hoſte d’un champ, Rat de peu de cervelle,
    Des Lares paternels un jour ſe trouva ſou.
    Il laiſſe-là le champ, le grain, & la javelle,

     

    Va courir le païs, abandonne ſon trou.
          Si-toſt qu’il fut hors de la caſe,
    Que le monde, dit-il, eſt grand & ſpacieux !
    Voilà les Apennins, & voicy le Caucaſe :
    La moindre Taupinée étoit mont à ſes yeux.
    Au bout de quelques jours le voyageur arrive
    En un certain canton où Thetis ſur la rive
    Avoit laiſſé mainte Huitre ; & noſtre Rat d’abord
    Crût voir en les voyant des vaiſſeaux de haut bord.
    Certes, dit-il, mon pere eſtoit un pauvre ſire :
    Il n’oſoit voyager, craintif au dernier point :
    Pour moy, j’ay déja veu le maritime empire :

     

    J’ay paſſé les deſerts, mais nous n’y bûmes point.
    D’un certain magiſter le Rat tenoit ces choſes,
          Et les diſoit à travers champs ;
    N’eſtant pas de ces Rats qui les livres rongeans
          Se font ſçavans juſques aux dents.
          Parmy tant d’Huitres toutes cloſes,
    Une s’eſtoit ouverte, & bâillant au Soleil,
          Par un doux Zephir rejoüie,
    Humoit l’air, reſpiroit, eſtoit épanoüie,
    Blanche, graſſe, & d’un gouſt à la voir nompareil.
    D’auſſi loin que le Rat voit cette Huitre qui bâille,
    Qu’apperçois-je ? dit-il, c’eſt quelque victuaille ;

     

    Et ſi je ne me trompe à la couleur du mets,
    Je dois faire aujourd’huy bonne chere, ou jamais.
    Là-deſſus maiſtre Rat plein de belle eſperance,
    Approche de l’écaille, allonge un peu le cou,
    Se ſent pris comme aux lacs ; car l’Huitre tout d’un coup
    Se referme, & voilà ce que fait l’ignorance.
    Cette Fable contient plus d’un enſeignement.
          Nous y voyons premierement ;
    Que ceux qui n’ont du monde aucune experience
    Sont aux moindres objets frappez d’étonnement :

     

          Et puis nous y pouvons apprendre,
          Que tel eſt pris qui croyoit prendre.

     

      JEAN DE LA FONTAINE

    Livre V111, fable 9

     

    LE RAT ET L'HUÏTRE

     

    Un Rat hôte (1) d'un champ, Rat de peu de cervelle,
    Des Lares (2) paternels un jour se trouva soû.(3)
    Il laisse là le champ, le grain, et la javelle, (4)
    Va courir le pays, abandonne son trou.
                Sitôt qu'il fut hors de la case,
    Que le monde, dit-il, est grand et spacieux !
    Voilà les Apennins, et voici le Caucase :
    La moindre taupinée (5) était mont à ses yeux.
    Au bout de quelques jours le voyageur arrive
    En un certain canton où Thétys (6) sur la rive
    Avait laissé mainte Huître ; et notre Rat d'abord
    Crut voir en les voyant des vaisseaux de haut bord.
    Certes, dit-il, mon père était un pauvre sire :
    Il n'osait voyager, craintif au dernier point :
    Pour moi, j'ai déjà vu le maritime empire :
    J'ai passé les déserts, mais nous n'y bûmes point.
    D'un certain magister (7) le Rat tenait ces choses,
                Et les disait à travers champs ;
    N'étant pas de ces Rats qui les livres rongeants
                Se font savants jusques aux dents.
                Parmi tant d'Huîtres toutes closes,
    Une s'était ouverte, et bâillant au soleil,
    Par un doux zéphir réjouie,
    Humait l'air, respirait, était épanouie,
    Blanche, grasse, et d'un goût, à la voir, nompareil.
    D'aussi loin que le Rat voir cette Huître qui bâille :
    Qu'aperçois-je ? dit-il, c'est quelque victuaille ;
    Et, si je ne me trompe à la couleur du mets,
    Je dois faire aujourd'hui bonne chère, ou jamais.
    Là-dessus maître Rat plein de belle espérance,
    Approche de l'écaille, allonge un peu le cou,
    Se sent pris comme aux lacs (8) ; car l'Huître tout d'un coup
    Se referme, et voilà ce que fait l'ignorance.

    Cette fable contient plus d'un enseignement.
                Nous y voyons premièrement :
    Que ceux qui n'ont du monde aucune expérience
    Sont aux moindres objets frappés d'étonnement :
                Et puis nous y pouvons apprendre,
                Que tel est pris qui croyait prendre.

     

     

    Source: http://www.la-fontaine-ch-thierry.net/lefousages.htm

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  • Commentaires

    10
    Lundi 26 Mai 2014 à 18:08

    je ne connaissais absolument pas cette fable et c'est une agréable découverte. Merci

    9
    Vendredi 23 Mai 2014 à 20:00
    LADY MARIANNE

    une des rares que tu publies et que je connais !! 
    encore une belle leçon de morale !!
    bon week-end-

    8
    Jeudi 22 Mai 2014 à 14:00

    Je ne connaissais pas cette fable. Comme toujours, elle est pleine de bon sens.

    Bises.

    7
    Jeudi 22 Mai 2014 à 10:08

    coucou

    j'aime beaucoup les fables de la fontaine

    tubes fleurs

    ces quelques fleurs pour te souhaiter une bonne journée

    bisousssssssssssss

    6
    Jeudi 22 Mai 2014 à 09:59

    on découvre des fables avec toi ! bonne journée

    5
    Jeudi 22 Mai 2014 à 09:20
    Claudine/canelle

    Je ne m'en rappelais plus de celle là !!

    Merci pour ta série sur ces fables !!

    Bises Nadia

    4
    Jeudi 22 Mai 2014 à 08:26

    livre complet que j'ai et que la petite fille va prendre ................ je te souhaite une bonne journée - après un orage important lundi soir, c'est la pluie qui s'est installée avec quelques rayons de soleil - mais cela ne va pas nous empêcher de partir demain après midi jusqu'à lundi matin au mobil à Carteret, surtout que nous avons samedi une marche et le soir un Méchoui - bisous Mamy Annick

    3
    Jeudi 22 Mai 2014 à 08:08

    je préfère  lire le dernier bonne journée bisous

    2
    Jeudi 22 Mai 2014 à 07:00

    Bonjour Nadia,

    Je ne me souvenais pas de cette fable de La Fontaine ! faut dire qu'il y en a tellement ! Passe une bonne journée, bises, Véronique

    1
    Jeudi 22 Mai 2014 à 06:19

    Hello Nadia

    Bizz

    Pat

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