• Le cerveau à tous les niveaux.LES DÉTÉRIORATIONS COGNITIVES ASSOCIÉES À L'ALZHEIMER.no 4 (niveau avancé)

     

     

     

     

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    FACTEURS DE RISQUE ET PRÉVENTION ( Fin)


    Un grand nombre de facteurs peut influencer le développement d’une démence de type Alzheimer et les processus dégénératifs qui lui sont associés. Hormis la forme rare dite « familiale » de l’Alzheimer dont l’apparition est entièrement déterminée par l’hérédité, c’est le jeu des facteurs de risque favorables et défavorables qui va déclencher ou non le développement de la forme sporadique de l’Alzheimer.

    L'Alzheimer peut donc être considérée, avec d’autres atteintes chroniques, comme une maladie "statistique", résultat du différentiel entre les facteurs neuroprotecteurs et neurotoxiques. Certains facteurs pèsent bien entendu plus lourd que d’autres dans la balance. L’âge, le sexe et la présence de l'allèle e4 de l'apoprotéine E auront une influence plus déterminante, par exemple, que l’alimentation ou le niveau d’éducation.

    Or si ces trois premiers facteurs de risque les plus importants échappent à notre contrôle (notre constitution génétique comme notre vieillissement sont entièrement déterminés), est-il envisageable de réduire les autres par notre comportement, par des habitudes de vie plus saines, par exemple ? En d’autres termes, pour les facteurs de risque environnementaux, l’adoption de comportements neuroprotecteurs favorisant la réserve et la plasticité neuronale peut-il retarder le déclenchement de l’Alzheimer ou en ralentir la progression ?

    Au fil des ans, de plus en plus d’études ont été publiées sur les aliments, suppléments alimentaires, médicaments ou simples activités susceptibles de diminuer certains facteurs de risque environnementaux de l’Alzheimer. Pour plusieurs de ces facteurs, préalablement identifiés par des études de cas-témoins et des études de cohortes, des résultats préliminaires ont suscité beaucoup d’espoir parce qu’ils semblaient effectivement montrer un effet neuroprotecteur.

    Or en avril 2010, un comité d’experts mandatés par le « National Institutes of Health » (NIH), aux États-Unis, a publié une méta-analyse portant sur un grand nombre de ces facteurs potentiellement neuroprotecteur. Leur conclusion ? Les données actuellement disponibles sont insuffisantes pour recommander quelques mesures préventives que ce soit en ce qui concerne l’Alzheimer.

    Pour le comité, les études préliminaires encourageantes allaient peut-être dans le bon sens, mais elles n’ont pas été conduites selon des critères suffisamment rigoureux pour que leurs conclusions puissent servir de base à des recommandations de santé publique.

    Ces conclusions souffraient par exemple, selon le comité, du fait que la définition même de l’Alzheimer était inconsistante d’une étude à l’autre. Il devient alors difficile de recommander des comportements spécifiques susceptibles de ralentir des troubles non pas spécifiques mais diversement définis.

    Le comité soulignait dans la foulée les limites de nos connaissances sur le vieillissement en général (voir capsule outil intermédiraire à gauche) et sur les causes de l’Alzheimer en particulier. Et il recommandait entre autres à la communauté scientifique d’uniformiser les critères d’évaluation des déficits cognitifs et de leur progression dans le temps.

    Une autre difficulté classique de ce genre d’étude consiste à distinguer les causalités des simples corrélations. C’est un peu le fameux dilemme « l’œuf ou la poule » : est-ce que certaines personnes demeurent mentalement alertes parce qu’elles font beaucoup d’activités physiques et sociales, ou bien si elles font toutes ces activités parce qu’elles sont mentalement alertes pour leur âge ? Plusieurs études montrent ainsi que des facteurs sont reliés, mais pas nécessairement que l’un est la cause de l’autre.

    Sans parler du fait que deux facteurs peuvent déjà être reliés entre eux, comme le fait que ceux qui ont un niveau d’éducation élevé ont aussi généralement des activités cognitives plus stimulantes. Si ces deux facteurs semblent être protecteurs pour l’Alzheimer, il devient très difficile de dire lequel des deux est causalement relié à cet effet protecteur. Et bien sûr, il se pourrait que ce soit les deux, ou encore ni l’un ni l’autre si c’est un troisième facteur encore non observé qui est derrière les deux autres.

    Malgré l’importance de la méta-analyse du comité du NIH, il ne faudrait pas non plus lui faire dire ce qu’elle ne dit pas. Elle ne dit pas, par exemple, « qu’il n’y a rien qui peut amoindrir les symptômes de l’Alzheimer ». Ou encore, « qu’il n’y a rien que l’on puisse faire aujourd’hui pour améliorer nos fonctions cognitives, qu’on soit atteint d’Alzheimer ou pas ». Elle dit seulement que des études plus rigoureuses sont nécessaires avant de se prononcer de façon catégorique sur notre capacité à influencer la progression de l’Alzheimer par la modification de certaines habitudes de vie.

    Et qui plus est, plusieurs de ces habitudes de vie sont de toute façon déjà considérées comme excellentes pour la santé à plusieurs autres niveaux.

    On pense d’abord ici à une diète équilibrée, faible en gras saturés et riche en fruits, légumes, noix, céréales, poisson, huile d’olive ainsi qu’une consommation légère à modérée de vin rouge, bref à un « régime méditerranéen », qui est reconnu depuis longtemps pour ses bienfaits sur la santé. Ceux-ci lui viendraient de son fort contenu en substances antioxydantes qui contrent l’effet toxique des radicaux libres ainsi que de ses effets cardiovasculaires bénéfiques. Certaines composantes du régime méditerranéen, en particulier les acides gras oméga-3 que l’on retrouve entre autres dans le poisson, constituent d’ailleurs, selon l’étude du comité du NIH, l’un des facteurs les plus fréquemment associés avec une réduction du déclin cognitif.

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    La pyramide du régime méditerranéen (Source : http://www.regime-mediterraneen.fr/le-regime-mediterraneen-en-quelques-mots/ )

    Il y a ensuite l’activité physique, non seulement bénéfique pour le système cardiovasculaire, mais aussi pour les fonctions cognitives selon de multiples données encore toutefois considérées comme préliminaires par le comité. Il n’empêche qu’on voit mal comment la marche, le vélo ou la natation pourrait ne pas faire du bien aux personnes atteintes d’Alzheimer qui peuvent les pratiquer. Au pire, si l’on démontrait que l’activité physique n’a pas d’effet favorable sur l’évolution de l’Alzheimer, on ne cesserait pas de la recommander pour autant, considérant ses bienfaits pour le reste de l’organisme.  

    Même chose pour les activités sociales et l’implication dans la communauté, qui brisent de toute façon la solitude et l’isolement douloureux en fin de vie. Si l’on établissait un jour formellement qu’elles ne préservent pas les facultés cognitives, le bien-être psychologique qu’elles génèrent n’en serait pas moindre pour autant. On a en tout cas un indice par la négative d’au moins un lien social favorable au maintien des capacités cognitives : le comité du NIH souligne une association plutôt robuste entre la perte d’un conjoint et un déclin accru des facultés cognitives.

    Il est également établi que la pratique régulière d’activités intellectuelles stimulantes tout au cours de sa vie favorise le maintien et la croissance synaptique entre les neurones. Mais est-ce que garder un esprit actif en jouant aux cartes, aux échecs, en faisant des mots croisés, en faisant de la musique, de la lecture ou de l’écriture retarde l’apparition des troubles cognitifs ? Le comité du NIH pointe vers des indices limités allant en ce sens, même si ceux-ci manquent de constance. Et puis il y a l’étude des nonnes, fameuse pour sa durée et pour les centaines de religieuses âgées y ayant participé. L’étude montre entre autres que les religieuses qui, au début de la vingtaine, avaient des capacités langagières bien développées étaient moins sujettes à développer l’Alzheimer une fois âgée.

    Mentionnons enfin que des études menées auprès de jumeaux identiques (qui partagent donc les mêmes gènes) ont montré qu'environ 60 % du risque global de développer la forme sporadique de la maladie d'Alzheimer est associé au mode de vie, et environ 40% seulement à l'hérédité. Il ne semble donc jamais trop tôt, ni trop tard, pour adopter des habitudes de vie saine favorisant le maintien de la plasticité neuronale et une « réserve neuronale » capable de contrer l’Alzheimer.

    Même si la relation entre l’Alzheimer et le taux de cholestérol sanguin est loin d’être simple (entre autres parce qu’on connaît moins la dynamique du cholestérol cérébral qui diffère du cholestérol sanguin), l’hypercholestérolémie est considérée comme un facteur de risque de l’Alzheimer.

    Des études de cas ont suscité beaucoup d’espoir en rapportant que des patients ayant utilisés des médicaments de la famille des statinespour réduire leur taux de cholestérol sanguin vers le milieu de leur vie étaient moins sujets à l’Alzheimer en vieillissant. Les études longitudinales n’ont cependant pas confirmé le phénomène de manière convaincante et le rôle neuroprotecteur des statines pour l’Alzheimer demeure controversé. De plus, si cet effet existe, il ne ralentirait sa progression que dans sa phase latente, avant l’apparition des premiers symptômes. Une fois ceux-ci apparus, il serait trop tard pour ce type d’intervention.

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  • Commentaires

    4
    Samedi 12 Novembre 2011 à 16:35

    dans toute vie il faut abolir une trop grande sédentarité dans la vie il faut bouger

    3
    Jeudi 10 Novembre 2011 à 23:58

    C'est encore une maladie où l'on tâtonne . Merci pour cet article très intéressant.Bonne soirée, bisous Nadia

    2
    Jeudi 10 Novembre 2011 à 21:29

    Toujours aussi intéressant cet article dans cette série. Bravo. Bises et bonne soirée

    1
    Jeudi 10 Novembre 2011 à 16:47

    peu de réponses sur cette maladie -- le neurologue m'a dit qu'il y avait 20% de la population atteinte -  c'est énorme-
    espérons que la recherche va trouver -
    bises   Lm

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