• Fable de Lafontaine(Un Animal dans la Lune.)

     

     

          

     

     

     

     

     

     

     

     

     LIVRE SEPTIÈME

     

     

    XVII.
    Vn Animal dans la Lune.


    Pendant qu’un Philoſophe aſſure,
    Que toûjours par leurs ſens les hommes ſont dupez,
    Un autre Philoſophe jure,
    Qu’ils ne nous ont jamais trompez.

     

    Tous les deux ont raiſon ; & la Philoſophie
    Dit vray, quand elle dit, que les ſens tromperont
    Tant que ſur leur rapport les hommes jugeront ;
    Mais auſſi ſi l’on rectifie
    L’image de l’objet ſur ſon éloignement,
    Sur le milieu qui l’environne,
    Sur l’organe, & ſur l’inſtrument,
    Les ſens ne tromperont perſonne.
    La nature ordonna ces choſes ſagement :
    J’en diray quelque jour les raiſons amplement.
    J’apperçois le Soleil ; quelle en eſt la figure ?
    Icy-bas ce grand corps n’a que trois pieds de tour :
    Mais ſi je le voyois là-haut dans ſon ſejour,
    Que ſeroit-ce à mes yeux que l’œil de la nature ?
    Sa diſtance me fait juger de ſa grandeur ;

     

    Sur l’angle & les coſtez ma main la détermine :
    L’ignorant le croit plat, j’épaiſſis ſa rondeur :
    Je le rends immobile, & la terre chemine.
    Bref je déments mes yeux en toute ſa machine.
    Ce ſens ne me nuit point par ſon illuſion.
    Mon ame en toute occaſion
    Développe le vray caché ſous l’apparence.
    Je ne ſuis point d’intelligence
    Avecque mes regards peut-eſtre un peu trop prompts,
    Ny mon oreille lente à m’apporter les ſons.
    Quand l’eau courbe un baſton ma raiſon le redreſſe,
    La raiſon décide en maiſtreſſe.
    Mes yeux, moyennant ce ſecours,
    Ne me trompent jamais en me mentant toûjours.

     

    Si je crois leur rapport, erreur aſſez commune,
    Une teſte de femme eſt au corps de la Lune.
    Y peut-elle eſtre ? Non. D’où vient donc cet objet ?
    Quelques lieux inégaux font de loin cet effet.
    La Lune nulle part n’a ſa ſurface unie :
    Montueuſe en des lieux, en d’autres applanie,
    L’ombre avec la lumiere y peut tracer ſouvent
    Un Homme, un Bœuf, un Elephant.
    N’aguere l’Angleterre y vid choſe pareille.
    La lunette placée, un animal nouveau
    Parut dans cet aſtre ſi beau ;
    Et chacun de crier merveille.
    II eſtoit arrivé là haut un changement,

     

    Qui préſageoit ſans doute un grand évenement.
    Sçavoit-on ſi la guerre entre tant de puiſſances
    N’en eſtoit point l’effet ? Le Monarque accourut :
    Il favoriſe en Roy ces hautes connoiſſances.
    Le Monſtre dans la Lune à ſon tour luy parut.
    C’eſtoit une Souris cachée entre les verres :
    Dans la lunette eſtoit la ſource de ces guerres.
    On en rit : Peuple heureux, quand pourront les François
    Se donner comme vous entiers à ces emplois ?
    Mars nous fait recueillir d’amples moiſſons de gloire :

     

    C’eſt à nos ennemis de craindre les combats,
    À nous de les chercher, certains que la victoire
    Amante de Loüis ſuivra par tout ſes pas.
    Ses lauriers nous rendront celebres dans l’hiſtoire.
    Meſme les filles de memoire
    Ne nous ont point quitez : nous goûtons des plaiſirs :
    La paix fait nos ſouhaits, & non point nos ſoûpirs.
    Charles en ſçait joüir : Il ſçauroit dans la guerre
    Signaler ſa valeur, & mener l’Angleterre
    À ces jeux qu’en repos elle void aujourd’huy.
    Cependant s’il pouvoit appaiſer la querelle,
    Que d’encens ! Eſt-il rien de plus digne de luy ?

     

    La carriere d’Auguſte a-t-elle eſté moins belle
    Que les fameux exploits du premier des Ceſars ?
    Ô peuple trop heureux, quand la paix viendra-t-elle
    Nous rendre comme vous tout entiers aux beaux arts ?

     =======================

    Un animal dans la lune.

    Pendant qu'un Philosophe assure,
    Que toujours par leurs sens les hommes sont dupés,
    Un autre Philosophe jure,
    Qu'ils ne nous ont jamais trompés.
    Tous les deux ont raison, et la Philosophie
    Dit vrai, quand elle dit que les sens tromperont
    Tant que sur leur rapport les hommes jugeront ;
    Mais aussi si l'on rectifie
    L'image de l'objet sur son éloignement,
    Sur le milieu qui l'environne,
    Sur l'organe et sur l'instrument,
    Les sens ne tromperont personne.
    La nature ordonna ces choses sagement :
    J'en dirai quelque jour les raisons amplement.
    J'aperçois le Soleil ; quelle en est la figure ?
    Ici-bas ce grand corps n'a que trois pieds de tour :
    Mais si je le voyais là-haut dans son séjour,
    Que serait-ce à mes yeux que l'oeil de la nature ?
    Sa distance me fait juger de sa grandeur ;
    Sur l'angle et les côtés ma main la détermine ;
    L'ignorant le croit plat, j'épaissis sa rondeur ;
    Je le rends immobile, et la terre chemine.
    Bref je démens mes yeux en toute sa machine.
    Ce sens ne me nuit point par son illusion.
    Mon âme en toute occasion
    Développe le vrai caché sous l'apparence.
    Je ne suis point d'intelligence
    Avecque mes regards peut-être un peu trop prompts,
    Ni mon oreille lente à m'apporter les sons.
    Quand l'eau courbe un bâton ma raison le redresse,
    La raison décide en maîtresse.
    Mes yeux, moyennant ce secours,
    Ne me trompent jamais, en me mentant toujours.
    Si je crois leur rapport, erreur assez commune,
    Une tête de femme est au corps de la Lune.
    Y peut-elle être ? Non. D'où vient donc cet objet ?
    Quelques lieux inégaux font de loin cet effet.
    La Lune nulle part n'a sa surface unie :
    Montueuse en des lieux, en d'autres aplanie,
    L'ombre avec la lumière y peut tracer souvent,
    Un Homme, un Boeuf, un Eléphant.
    Naguère l'Angleterre y vit chose pareille,
    La lunette placée, un animal nouveau
    Parut dans cet astre si beau ;
    Et chacun de crier merveille :
    Il était arrivé là-haut un changement
    Qui présageait sans doute un grand événement.
    Savait-on si la guerre entre tant de puissances
    N'en était point l'effet ? Le Monarque accourut :
    Il favorise en Roi ces hautes connaissances.
    Le Monstre dans la Lune à son tour lui parut.
    C'était une Souris cachée entre les verres :
    Dans la lunette était la source de ces guerres.
    On en rit. Peuple heureux, quand pourront les François
    Se donner, comme vous, entiers à ces emplois ?
    Mars nous fait recueillir d'amples moissons de gloire :
    C'est à nos ennemis de craindre les combats,
    A nous de les chercher, certains que la victoire,
    Amante de Louis, suivra partout ses pas.
    Ses lauriers nous rendront célèbres dans l'histoire.
    Même les filles de Mémoire
    Ne nous ont point quittés : nous goûtons des plaisirs :
    La paix fait nos souhaits et non point nos soupirs.
    Charles en sait jouir : Il saurait dans la guerre
    Signaler sa valeur, et mener l'Angleterre
    A ces jeux qu'en repos elle voit aujourd'hui.
    Cependant s'il pouvait apaiser la querelle,
    Que d'encens ! Est-il rien de plus digne de lui ?
    La carrière d'Auguste a-t-elle été moins belle
    Que les fameux exploits du premier des Césars ?
    O peuple trop heureux, quand la paix viendra-t-elle
    Nous rendre comme vous tout entiers aux beaux-arts ? 

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  • Commentaires

    7
    Vendredi 8 Juillet 2011 à 23:27

    Je ne la connaissais pas celle ci. Bises. Dani en pause...

    www.leschatsdubocage.com-scrap2

    6
    Mercredi 6 Juillet 2011 à 21:12

    Bises et bonne soirée.

    5
    Mercredi 6 Juillet 2011 à 20:58

    je ne connais pas cette fable - jamais entendue !!!
    je vais voter   bises   lady M

     

     

     

    4
    Mercredi 6 Juillet 2011 à 19:58

    ...Bonsoir...
    _... ^v^_______$$_ァァァ.__.....Je navigue
    ___________$$$_ァァァァァ
    ___________$_$_ァァァァァァ .....Sur ton blog
    __________$$_$__ァァァァァァ
    _________$$$_$__ァァァァァァァ..... Pour te
    ________$$$$_$__ァァァァァァァァ
    _______$$$$$_$__ァァァァァァァァ.....Souhaiter
    _____$$$$$$$_$__ァァァァァァァァァ
    ____$$$$$$$$_$_ァァァァァァァァァァァ ....Une bonne
    _$_$$$$$$$$$_$_ァァァァァァァァァァァ
    _$$_$________$$$_____$$$$$___$$....Soirée et
    __$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$_$$$$.
    ___$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$Une bonne nuit
    ~~~ _..-+*ー*+-..~~~~ _..-+*ー*+-.._
    _..-+*~~ー*+-..__..-+*~~~~ー*+-.._*+-...-+*..bisous

    3
    Mercredi 6 Juillet 2011 à 16:58

    Coucou Nadia

    Eh bien je découvre cette fable

    Bises et chamitiés du mercredi

    Béa kimcat

    2
    Mercredi 6 Juillet 2011 à 11:52

    bisous9.gif

    Bon mercredi !

     

    1
    Mercredi 6 Juillet 2011 à 07:51

    Bonjour Nadia,

    Que voici une bien longue fable à méditer!

    Bon mercredi , gros bisous, Mireille

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