• Fable de Lafontaine (L’Âne chargé d’éponges, et l’Âne chargé de sel)

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     Jean de La Fontaine

     

          Livre 2 • Fable 10

     


     


    L’Aſne chargé d’éponges, & l’Aſne chargé de ſel.


    Un Aſnier, ſon Sceptre à la main,
    Menoit en Empereur Romain
    Deux Courſiers à longues oreilles. 
    L’un d’éponges chargé marchoit comme un Courier ;
        Et l’autre ſe faiſant prier
        Portoit, comme on dit, les bouteilles.
    Sa charge eſtoit de ſel. Nos gaillards pelerins
        Par monts, par vaux, & par chemins
    Au gué d’une riviere à la fin arriverent,
        Et fort empêchez ſe trouverent.
    L’Aſnier, qui tous les jours traverſoit ce gué-là,
        Sur l’Aſne à l’éponge monta,
        Chaſſant devant luy l’autre beſte,
        Qui voulant en faire à ſa teſte
        Dans un trou ſe precipita,
        Revint ſur l’eau, puis échapa :
        Car au bout de quelques nagées
        Tout ſon ſel ſe fondit ſi bien,
        Que le Baudet ne ſentit rien 
        Sur ſes épaules ſoulagées.
    Camarade Epongier prit exemple ſur luy,
    Comme un Mouton qui va deſſus la foy d’autruy.
    Voilà mon Aſne à l’eau, juſqu’au col il ſe plonge
        Luy, le Conducteur, & l’Eponge.
    Tous trois beurent d’autant ; l’Aſnier & le Grifon
        Firent à l’éponge raiſon.
        Celle-cy devint ſi peſante,
        Et de tant d’eau s’emplit d’abord,
    Que l’Aſne ſuccombant ne pût gagner le bord.
        L’Aſnier l’embraſſoit dans l’attente
        D’une prompte & certaine mort.
    Quelqu’un vint au ſecours : qui ce fut, il n’importe ;
    C’eſt aſſez qu’on ait veu par là qu’il ne faut point
        Agir chacun de meſme ſorte.
        J’en voulois venir à ce point.

      
     
     

     L’Âne chargé d’éponges, et l’Âne chargé de sel

    Un Ânier, son sceptre à la main,
    Menait, en Empereur Romain,
    Deux Coursiers à longues oreilles.
    L’un d’Éponges chargé marchait comme un Courrier ;
    Et l’autre se faisant prier
    Portait, comme on dit, les bouteilles :
    Sa charge était de Sel. Nos gaillards pèlerins,
    Par monts, par vaux, et par chemins,
    Au gué d’une Rivière à la fin arrivèrent,
    Et fort empêchés se trouvèrent.
    L’Ânier qui tous les jours traversait ce gué-là
    Sur l’Âne à l’éponge monta,
    Chassant devant lui l’autre Bête,
    Qui voulant en faire à sa tête,
    Dans un trou se précipita,
    Revint sur l’eau, puis échappa :
    Car au bout de quelques nagées,
    Tout son sel se fondit si bien
    Que le Baudet ne sentit rien
    Sur ses épaules soulagées.
    Camarade Épongier prit exemple sur lui,
    Comme un Mouton qui va dessus la foi d’autrui.
    Voilà mon Âne à l’eau : jusqu’au col il se plonge,
    Lui, le Conducteur, et l’Éponge.
    Tous trois burent d’autant : l’Ânier et le Grison
    Firent à l’Éponge raison.
    Celle-ci devint si pesante,
    Et de tant d’eau s’emplit d’abord,
    Que l’Âne succombant ne put gagner le bord.
    L’Ânier l’embrassait dans l’attente
    D’une prompte et certaine mort.
    Quelqu’un vint au secours : qui ce fut, il n’importe ;
    C’est assez qu’on ait vu par là qu’il ne faut point
    Agir chacun de même sorte.
    J’en voulais venir à ce point.

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  • Commentaires

    6
    Dimanche 30 Octobre 2011 à 17:41

    bonne fin de dimanche

    5
    Dimanche 30 Octobre 2011 à 00:04

    J'aime beaucoup cette fable .Belle soirée, bisous Nadia

    4
    Samedi 29 Octobre 2011 à 23:38

    bien compliquée cette fable, même traduite!

    3
    Samedi 29 Octobre 2011 à 17:37

    Je ne connaissais pas la 1ère, mais je préfère de loin celle de La Fontaine. Bises

    2
    Samedi 29 Octobre 2011 à 07:28
    ah ce bon Jean
    1
    Samedi 29 Octobre 2011 à 05:27

    bonjour   NADIA

      

      

     

     

    BISOUS

     

         56MELDIX77    

        le Briard        Breton    Photo 014

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