• Fable de Lafontaine: L’Aloüette & ſes petits, avec le Maiſtre d’un champ.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     Jean de La Fontaine

    Jean de La Fontaine — Fables
    LIVRE QUATRIÈME

    L'Alouette et ses Petits, avec le Maître d'un champ est la vingt-deuxième fable du livre IV

      de Jean de La Fontaine situé dans le premier recueil des Fables de La Fontaine,

    édité pour la première fois en 1668.

     

     

    XXII.

    L’Aloüette & ſes petits, avec le Maiſtre d’un champ.


    Ne t’attens qu’à toy ſeul, c’eſt un commun Proverbe.
    Voicy comme Eſope le mit
        En credit.
    Les Aloüettes font leur nid 
        Dans les bleds quand ils ſont en herbe :
        C’eſt-à-dire environ le temps
    Que tout aime, & que tout pullule dans le monde ;
        Monſtres marins au fond de l’onde,
    Tigres dans les Foreſts, Aloüettes aux champs.
        Une pourtant de ces dernieres
    Avoit laiſſé paſſer la moitié d’un Printemps
    Sans gouſter le plaiſir des amours printanieres.
    A toute force enfin elle ſe reſolut
    D’imiter la Nature, & d’eſtre mere encore.
    Elle bâtit un nid, pond, couve, & fait éclore
    A la haſte ; le tout alla du mieux qu’il put. 
    Les bleds d’alentour mûrs, avant que la nitée
        Se trouvaſt aſſez forte encor
        Pour voler & prendre l’eſſor,
    De mille ſoins divers l’Aloüette agitée
    S’en va chercher pâture, avertit ſes enfans
    D’eſtre toujours au guet & faire ſentinelle.
        Si le poſſeſſeur de ces champs
    Vient avecque ſon fils (comme il viendra) dit-elle,
    Ecoutez bien ; ſelon ce qu’il dira,
        Chacun de nous décampera.
    Si-toſt que l’Aloüette eut quitté ſa famille,
    Le poſſeſſeur du champ vient avecque ſon fils.
    Ces bleds ſont mûrs, dit-il, allez chez nos amis
    Les prier que chacun apportant ſa faucille, 
    Nous vienne aider demain dés la pointe du jour.
        Noſtre Aloüette de retour
        Trouve en alarme ſa couvée.
    L’un commence. Il a dit que l’Aurore levée,
    L’on fiſt venir demain ſes amis pour l’aider.
    S’il n’a dit que cela, repartit l’Aloüette,
    Rien ne nous preſſe encor de changer de retraite :
    Mais c’eſt demain qu’il faut tout de bon écouter.
    Cependant ſoyez gais, voilà dequoy manger.
    Eux repus, tout s’endort ; les petits & la mere.
    L’aube du jour arrive ; & d’amis point du tout. 
    L’Aloüette à l’eſſor, le Maiſtre s’en vient faire
        Sa ronde ainſi qu’à l’ordinaire.
    Ces bleds ne devroient pas, dit-il, eſtre debout.
    Nos amis ont grand tort, & tort qui ſe repoſe
    Sur de tels pareſſeux à ſervir ainſi lents.
        Mon fils, allez chez nos parens
        Les prier de la meſme choſe.
    L’épouvante eſt au nid plus forte que jamais.
    Il a dit ſes parens, mere, c’eſt à cette heure....
        Non, mes enfans, dormez en paix ;
        Ne bougeons de nôtre demeure.
    L’Aloüette eut raiſon, car perſonne ne vint.
    Pour la troiſiéme fois le Maiſtre ſe ſouvint 
    De viſiter ſes bleds. Noſtre erreur eſt extrême,
    Dit-il, de nous attendre à d’autres gens que nous.
    Il n’eſt meilleur ami ni parent que ſoy-même.
    Retenez bien cela, mon fils, & ſçavez-vous
    Ce qu’il faut faire ? Il faut qu’avec noſtre famille
    Nous prenions dés demain chacun une faucille ;
    C’eſt là noſtre plus court ; & nous acheverons
        Noſtre moiſſon quand nous pourrons.
    Dés-lors que ce deſſein fut ſceu de l’Aloüette,
    C’eſt ce coup qu’il eſt bon de partir, mes enfans. 
        Et les petits en meſme temps,
        Voletans, ſe culbutans,
        Délogerent tous ſans trompette.

     

     

     

    L'Alouette et ses Petits, avec le Maître d'un champ 


     L'Alouette et ses Petits avec le Maître d'un champ
    Ne t'attends qu'à toi seul, c'est un commun Proverbe.
    Voici comme Esope le mit
    En crédit.
    Les Alouettes font leur nid
    Dans les blés, quand ils sont en herbe,
    C'est-à-dire environ le temps
    Que tout aime et que tout pullule dans le monde :
    Monstres marins au fond de l'onde,
    Tigres dans les Forêts, Alouettes aux champs.
    Une pourtant de ces dernières
    Avait laissé passer la moitié d'un Printemps
    Sans goûter le plaisir des amours printanières.
    A toute force enfin elle se résolut
    D'imiter la Nature, et d'être mère encore.
    Elle bâtit un nid, pond, couve, et fait éclore
    A la hâte ; le tout alla du mieux qu'il put.
    Les blés d'alentour mûrs avant que la nitée
    Se trouvât assez forte encor
    Pour voler et prendre l'essor,
    De mille soins divers l'Alouette agitée
    S'en va chercher pâture, avertit ses enfants
    D'être toujours au guet et faire sentinelle.
    Si le possesseur de ces champs
    Vient avecque son fils (comme il viendra), dit-elle,
    Ecoutez bien ; selon ce qu'il dira,
    Chacun de nous décampera.
    Sitôt que l'Alouette eut quitté sa famille,
    Le possesseur du champ vient avecque son fils.
    Ces blés sont mûrs, dit-il : allez chez nos amis
    Les prier que chacun, apportant sa faucille,
    Nous vienne aider demain dès la pointe du jour.
    Notre Alouette de retour
    Trouve en alarme sa couvée.
    L'un commence : Il a dit que l'Aurore levée,
    L'on fit venir demain ses amis pour l'aider...
    - S'il n'a dit que cela, repartit l'Alouette,
    Rien ne nous presse encor de changer de retraite ;
    Mais c'est demain qu'il faut tout de bon écouter.
    Cependant soyez gais ; voilà de quoi manger.
    Eux repus, tout s'endort, les petits et la mère.
    L'aube du jour arrive ; et d'amis point du tout.
    L'Alouette à l'essor, le Maître s'en vient faire
    Sa ronde ainsi qu'à l'ordinaire.
    Ces blés ne devraient pas, dit-il, être debout.
    Nos amis ont grand tort, et tort qui se repose
    Sur de tels paresseux à servir ainsi lents.
    Mon fils, allez chez nos parents
    Les prier de la même chose.
    L'épouvante est au nid plus forte que jamais.
    Il a dit ses parents, mère, c'est à cette heure...
    - Non, mes enfants dormez en paix ;
    Ne bougeons de notre demeure.
    L'Alouette eut raison, car personne ne vint.
    Pour la troisième fois le Maître se souvint
    De visiter ses blés. Notre erreur est extrême,
    Dit-il, de nous attendre à d'autres gens que nous.
    Il n'est meilleur ami ni parent que soi-même.
    Retenez bien cela, mon fils ; et savez-vous
    Ce qu'il faut faire ? Il faut qu'avec notre famille
    Nous prenions dès demain chacun une faucille :
    C'est là notre plus court, et nous achèverons
    Notre moisson quand nous pourrons.
    Dès lors que ce dessein fut su de l'Alouette :
    C'est ce coup qu'il est bon de partir, mes enfants.
    Et les petits, en même temps,
    Voletants, se culebutants,
    Délogèrent tous sans trompette. 

     

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  • Commentaires

    7
    Mardi 6 Décembre 2011 à 00:15

    Il y en a que je ne connais pas, et celle ci en fait partie.

    A l'école ils nous apprennent toujours les mêmes !!!

     

    Bises. Dani sous antibiotiques

    6
    Jeudi 24 Novembre 2011 à 06:28

    Une fable que je ne connaissais pas. Il y en a tant. Belle journée.

    5
    Mercredi 23 Novembre 2011 à 23:56

    je l'avais oublier celle là...

    besos

    tilk

    4
    Mercredi 23 Novembre 2011 à 23:06

    Très souvent , cette morale est d'actualité.Belle soirée, bisous Nadia

    3
    Mercredi 23 Novembre 2011 à 19:03

    les fables de la Fontaine des souvenirs de mon enfance parce que nous devions les apprendre par coeur et les reciter 

    bisous

    2
    Mercredi 23 Novembre 2011 à 16:11

    Terrible ce vieux françois. On a bien fait des améliorations, ça en valait la peine. J'aime le "avecque" on l'a bien raccourci!!!! Bonne soirée Nadia    Yvette

    1
    Mercredi 23 Novembre 2011 à 08:50

    Superbe d'avoir mis en comparaison ces deux fables. Quelle galère OB depuis deux jours je ne reçois plus les articles des abonnés, (méthode demerden sie sich en allant consulter mes liens) et en plus pour travailler je ne plus charger de photos. Je ne sais pas combien de temps cela va durer, mais c'est du franchement pénible. Bises et bonne journée

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