• Daphnis & Alcimadure (Fable de Lafontaine)


      

    Jean de La Fontaine — Fables

    Livre douzième
    Fable XXIV.
    Daphnis & Alcimadure.
    Imitation de Théocrite
     
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    À Madame de la Meſangere

    Aimable fille d’une mere
    À qui ſeule aujourd’hui mille cœurs font la cour,

     

    Sans ceux que l’amitié rend ſoigneux de vous plaire,
    Et quelques-uns encor que vous garde l’amour.
    Je ne puis qu’en cette Preface
    Je ne partage entre elle & vous
    Un peu de cet encens qu’on recueille au Parnaſſe,
    Et que j’ai le ſecret de rendre exquis & doux.
    Je vous dirai donc… Mais tout dire ;
    Ce ſeroit trop ; il faut choiſir,
    Ménageant ma voix & ma Lire,
    Qui bien-tôt vont manquer de force & de loiſir.
    Je loûrai ſeulement un cœur plein de tendreſſe,
    Ces nobles ſentimens, ces graces, cet eſprit ;

     

    Vous n’auriez en cela ni Maître ni Maîtreſſe,
    Sans celle dont ſur vous l’éloge rejallit.
    Gardez d’environner ces roſes
    De trop d’épines, ſi jamais
    L’Amour vous dit les mêmes choſes,
    Il les dit mieux que je ne fais.
    Auſſi ſçait-il punir ceux qui ferment l’oreille
    À ſes conſeils : Vous l’allez voir.

    Jadis une jeune merveille
    Mépriſoit de ce Dieu le ſouverain pouvoir ;
    On l’appelloit Alcimadure,
    Fier & farouche objet, toûjours courant aux bois,
    Toûjours ſautant aux prez, danſant ſur la verdure,
    Et ne connoiſſant autres loix

     

    Que ſon caprice ; au reſte égalant les plus belles,
    Et ſurpaſſant les plus cruelles ;
    N’aïant trait qui ne plût, pas même en ſes rigueurs ;
    Quelle l’eût-on trouvée au fort de ſes faveurs ?
    Le jeune & beau Daphnis, Berger de noble race,
    L’aima pour ſon malheur : jamais la moindre grace,
    Ni le moindre regard, le moindre mot enfin,
    Ne lui fut accordé par ce cœur inhumain.
    Las de continuer une pourſuite vaine,
    Il ne ſongea plus qu’à mourir ;
    Le deſeſpoir le fit courir
    À la porte de l’Inhumaine.
    Helas ! ce fut aux vents qu’il raconta ſa peine ;

     

    On ne daigna lui faire ouvrir
    Cette maiſon fatale, où parmi ſes Compagnes
    L’Ingrate, pour le jour de ſa nativité,
    Joignoit aux fleurs de ſa beauté
    Les treſors des jardins & des vertes campagnes :
    J’eſperois, cria-t-il, expirer à vos yeux,
    Mais je vous ſuis trop odieux,
    Et ne m’étonne pas qu’ainſi que tout le reſte
    Vous me refuſiez même un plaiſir ſi funeſte.
    Mon pere aprés ma mort, & je l’en ai chargé,
    Doit mettre à vos pieds l’heritage
    Que vôtre cœur a negligé.
    Je veux que l’on y joigne auſſi le pâturage,

     

    Tous mes troupeaux, avec mon chien,
    Et que du reſte de mon bien
    Mes Compagnons fondent un Temple,
    Où vôtre image ſe contemple,
    Renouvellans de fleurs l’Autel à tout moment ;
    J’aurai pres de ce Temple un ſimple monument ;
    On gravera ſur la bordure :
    Daphnis mourut d’amour ; Paẞant arrête-toi :
    Pleure, & di : Celuy-ci ſuccomba ſous la loi
    De la cruelle Alcimadure.
    À ces mots par la Parque il ſe ſentit atteint ;
    Il auroit pourſuivi, la douleur le prévint :

     

    Son Ingrate ſortit triomphante & parée.
    On voulut, mais en vain, l’arrêter un moment,
    Pour donner quelques pleurs au ſort de ſon Amant.
    Elle inſulta toûjours au fils de Cytherée,
    Menant dés ce ſoir même, au mépris de ſes Loix,
    Ses Compagnes danſer autour de ſa Statuë ;
    Le Dieu tomba ſur elle, & l’accabla du poids ;
    Une voix ſortit de la nuë ;
    Écho redit ces mots dans les airs épandus :
    Que tout aime à preſent l’Inſenſible n’eſt plus.
    Cependant de Daphnis l’Ombre au Styx deſcenduë

     

    Fremit, & s’étonna la voïant accourir.
    Tout l’Érebe entendit cette Belle homicide
    S’excuſer au Berger qui ne daigna l’ouïr,
    Non plus qu’Ajax Ulyſſe, & Didon ſon perfide.

     

    Fable, Jean de La Fontaine, 
    Daphnis et Alcimadure,  Livre XII, fable 24


    Daphnis et Alcimadure

    Imitation de Théocrite
    A Madame de la Mésangère

                   Aimable fille d'une mère
    A qui seule aujourd'hui mille cœurs font la cour,
    Sans ceux que l’amitié rend soigneux de vous plaire
    Et quelques-uns encor que vous garde l'amour,
                   Je ne puis(*) qu'en cette préface
                   Je ne partage(*) entre elle et vous
    Un peu de cet encens qu'on recueille au Parnasse,
    Et que j'ai le secret de rendre exquis et doux.
                   Je vous dirai donc... Mais tout dire,
                   Ce serait trop ;  il faut choisir,
                   Ménageant ma voix et ma lyre,
    Qui bientôt vont manquer de force et de loisir.
    Je louerai seulement un coeur plein de tendresse,
    Ces nobles sentiments, ces grâces, cet esprit :
    Vous n'auriez en cela ni maître ni maîtresse,
    Sans celle dont sur vous l'éloge rejaillit.
                   Gardez d'environner ces roses
                   De trop d'épines, si jamais
                   L'Amour vous dit les mêmes choses :
                   Il les dit mieux que je ne fais,
    Aussi sait-il punir ceux qui ferment l'oreille
                   À ses conseils. Vous l'allez voir.

                   Jadis une jeune merveille
    Méprisait de ce Dieu le souverain pouvoir ;
                   On l'appelait Alcimadure :
    Fier et farouche objet, toujours courant aux bois,
    Toujours sautant aux prés, dansant sur la verdure
                  Et ne connaissant autres lois
    Que son caprice ; au reste égalant les plus belles,
                   Et surpassant les plus cruelles ;
    N'ayant trait qui ne plût, pas même en ses rigueurs ;
    Quelle l'eût-on trouvée au fort de ses faveurs ?
    Le jeune et beau Daphnis, Berger de noble race,
    L'aima pour son malheur : jamais la moindre grâce
    Ni le moindre regard, le moindre mot enfin,
    Ne lui fut accordé par ce coeur inhumain.
    Las de continuer une poursuite vaine,
                   Il ne songea plus qu'à mourir.
                   Le désespoir le fit courir
                   A la porte de l'Inhumaine.
    Hélas ! ce fut au vent qu'il raconta sa peine ;
                   On ne daigna lui faire ouvrir
    Cette maison fatale, où, parmi ses Compagnes,
    L'Ingrate, pour le jour de sa nativité (1),
                   Joignait aux fleurs de sa beauté
    Les trésors des jardins et des vertes campagnes.
    J'espérais, cria-t-il, expirer à vos yeux ;
                   Mais je vous suis trop odieux,
    Et ne m'étonne pas qu'ainsi que tout le reste
    Vous me refusiez même un plaisir si funeste.
    Mon père, après ma mort, et je l'en ai chargé,
                  Doit mettre à vos pieds l'héritage
                  Que votre cœur a négligé.
    Je veux que l'on y joigne aussi le pâturage,
                   Tous mes troupeaux, avec mon chien,
                   Et que du reste de mon bien
                   Mes compagnons fondent un temple 
    ;;;;;;;;;;;;;;;Où votre image  se contemple,
    Renouvelant de fleurs l'autel à tout moment ;
    J'aurai près de ce temple un simple monument ;
                   On gravera sur la bordure :
    DAPHNIS MOURUT D’AMOUR. PASSANT,  ARRÊTE-TOI ;
    PLEURE , ET DIS : CELUI-CI SUCCOMBA SOUS LA LOI
                    DE LA CRUELLE ALCIMADURE.

    A ces mots, par la Parque il se sentit atteint ; 
    Il aurait poursuivi, la douleur le prévint.
    Son Ingrate sortit triomphante et parée.
    On voulut, mais en vain, l'arrêter un moment
    Pour donner quelques pleurs au sort de son Amant.
    Elle insulta toujours au fils de Cythérée(2),
    Menant dès ce soir même, au mépris de ses lois,
    Ses Compagnes danser autour de sa statue ;
    Le Dieu tomba sur elle, et l'accabla du poids ;
                   Une voix sortit de la nue ;
    Echo redit ces mots dans les airs épandus :
    QUE TOUT AIME À PRÉSENT : L’INSENSIBLE N’EST PLUS.
    Cependant de Daphnis l'ombre au Styx (3) descendue
    Frémit et s'étonna la voyant accourir.
    Tout l'Érèbe(3) entendit cette belle homicide
    S'excuser au berger, qui ne daigna l'ouïr
    Non plus qu'Ajax Ulysse, et Didon son perfide (4)

     Source: http://www.la-fontaine-ch-thierry.net/daphalcim.htm

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  • Commentaires

    7
    Vendredi 24 Janvier 2014 à 00:12

    et tu trouves tjs des fables inconnues

    6
    Jeudi 23 Janvier 2014 à 21:17
    erato:

    Je ne connaissais pas cette fable.

    Belle soirée, bises Nadia

    5
    Jeudi 23 Janvier 2014 à 18:49

    Bonsoir Nadia,

    Tiens une fable de La Fontaine que je ne connais pas.

    Quel temps chez toi, dans ton beau Canada ? A Paris il pleut, et le vent souffle.

    Passe une très bonne soirée, je t'embrasse bien fort, Véronique

    4
    Jeudi 23 Janvier 2014 à 18:23
    MéMéYoYo

    Des fables que je ne connais pas dutout - bonne soirée - gros bisous

    3
    Jeudi 23 Janvier 2014 à 18:08

    je ne connaissais pas non plus

    bonne journée

    2
    Jeudi 23 Janvier 2014 à 15:59

    salut

    je ne connaissais pas main on ne peut pas tout connaître

    bonne journée

    1
    Jeudi 23 Janvier 2014 à 10:31

    je ne connaissais pas cette oeuvre

    ce fabuliste avait un talent fabuleux

    et j'aime bien ce nom de "Madame de la Mésangère"

    bise de pinson

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