• 1-Les deux perroquets, le Roi et son fils. (Fable De La Fontaine)

     

    Jean de La Fontaine  Fables

    Livre dixième

    XI.
    Les deux Perroquets, le Roy & ſon fils.

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    XI.
    Les deux Perroquets, le Roy & ſon fils.

    Deux Perroquets, l’un pere & l’autre fils,
    Du roſt d’un Roy faiſoient leur ordinaire.
    Deux demi-dieux, l’un fils & l’autre pere,

     

    De ces oyſeaux faiſoient leurs favoris.
    L’âge lioit une amitié ſincere
    Entre ces gens : les deux peres s’aimoient ;
    Les deux enfans, malgré leur cœur frivole,
    L’un avec l’autre auſſi s’accoûtumoient,
    Nourris enſemble, & compagnons d’école.
    C’eſtoit beaucoup d’honneur au jeune Perroquet ;
    Car l’enfant eſtoit Prince & ſon pere Monarque.
    Par le temperament que luy donna la parque,
    Il aimoit les oyſeaux. Un Moineau fort coquet,
    Et le plus amoureux de toute la Province,
    Faiſoit auſſi ſa part des delices du Prince.

     

    Ces deux rivaux un jour enſemble ſe joüans,
    Comme il arrive aux jeunes gens,
    Le jeu devint une querelle.
    Le Paſſereau peu circonſpec,
    S’attira de tels coups de bec,
    Que, demy mort & traiſnant l’aiſle,
    On crut qu’il n’en pourroit guerir
    Le Prince indigné fit mourir
    Son Perroquet. Le bruit en vint au pere.
    L’infortuné vieillard crie & ſe deſeſpere.
    Le tout en vain ; ſes cris ſont ſuperflus :
    L’oyſeau parleur eſt déjà dans la barque :
    Pour dire mieux, l’oiſeau ne parlant plus
    Fait qu’en fureur ſur le fils du Monarque
    Son pere s’en va fondre, & luy creve les yeux.
    Il ſe ſauve auſſi-toſt, & choiſit pour azile

     

    Le haut d’un Pin. Là dans le ſein des Dieux
    Il gouſte ſa vengeance en lieu ſeur & tranquille.
    Le Roy luy-meſme y court, & dit pour l’attirer ;
    Amy, reviens chez moy : que nous ſert de pleurer ?
    Haine, vengeance & deuil, laiſſons tout à la porte.
    Je ſuis contraint de déclarer,
    Encor que ma douleur ſoit forte,
    Que le tort vient de nous : mon fils fut l’agreſſeur :
    Mon fils ! non ; C’eſt le ſort qui du coup eſt l’autheur.
    La Parque avoit écrit de tout temps en ſon livre
    Que l’un de nos enfans devoit ceſſer de vivre,

     

    L’autre de voir, par ce malheur.
    Conſolons-nous tous deux, & reviens dans ta cage.
    Le Perroquet dit : Sire Roy,
    Crois-tu qu’aprés un tel outrage
    Je me doive fier à toy ?
    Tu m’allegues le ſort ; prétens-tu par ta foy
    Me leurrer de l’appaſt d’un profane langage ?
    Mais que la providence ou bien que le deſtin
    Regle les affaires du monde,
    Il eſt écrit là-haut qu’au faiſte de ce pin
    Ou dans quelque Foreſt profonde,
    J’acheveray mes jours loin du fatal objet
    Qui doit t’eſtre un juſte ſujet
    De haine & de fureur. Je ſçay que la vengeance

     

    Eſt un morceau de Roy, car vous vivez en Dieux.
    Tu veux oublier cette offenſe :
    Je le crois : cependant il me faut pour le mieux
    Éviter ta main & tes yeux.
    Sire Roy mon amy, va-t’en, tu perds ta peine,
    Ne me parle point de retour :
    L’abſence eſt auſſi bien un remede à la haine
    Qu’un appareil contre l’amour.

      JEAN DE LA FONTAINE

    Livre X, fable X1

    LES DEUX PERROQUETS, LE ROI
    ET SON FILS

              Deux Perroquets, l'un père et l'autre fils,
              Du rôt (1) d'un Roi faisaient leur ordinaire.
              Deux demi-dieux, l'un fils et l'autre père,
              De ces Oiseaux faisaient leurs favoris.
              L'âge liait une amitié sincère
              Entre ces gens : les deux pères s'aimaient ;
              Les deux enfants, malgré leur cœur frivole,
              L'un avec l'autre aussi s'accoutumaient,
              Nourris ensemble, et compagnons d'école.
    C'était beaucoup d'honneur au jeune Perroquet ;
    Car l'enfant était Prince, et son père Monarque.
    Par le tempérament que lui donna la parque, (2)
    Il aimait les oiseaux. Un Moineau fort coquet,
    Et le plus amoureux de toute la Province,
    Faisait aussi sa part des délices du Prince.
    Ces deux rivaux un jour ensemble se jouants, (3)
                  Comme il arrive aux jeunes gens,
                  Le jeu devint une querelle.
                  Le Passereau, peu circonspec, (4)
                  S'attira de tels coups de bec,
                  Que demi-mort et traînant l'aile,
                  On crut qu'il n'en pourrait guérir.
                  Le Prince indigné fit mourir
    Son Perroquet. Le bruit en vint au père.
    L'infortuné vieillard crie et se désespère,
              Le tout en vain ; ses cris sont superflus :
              L'Oiseau parleur est déjà dans la barque ; (5)
              Pour dire mieux, l'Oiseau ne parlant plus
              Fait qu'en fureur sur le fils du Monarque
    Son père s'en va fondre, et lui crève les yeux.
    Il se sauve aussitôt, et choisit pour asile
              Le haut d'un pin. Là dans le sein des Dieux (6)
    Il goûte sa vengeance en lieu sûr et tranquille.
    Le Roi lui-même y court, et dit pour l'attirer :
    Ami, reviens chez moi : que nous sert de pleurer ?
    Haine, vengeance, et deuil, laissons tout à la porte.
                  Je suis contraint de déclarer,
                  Encor que ma douleur soit forte,
    Que le tort vient de nous : mon fils fut l'agresseur.
    Mon fils ! non. C'est le sort qui du coup est l'auteur.
    La Parque avait écrit de tout temps en son livre
    Que l'un de nos enfants devait cesser de vivre,
                  L'autre de voir, par ce malheur.
    Consolons-nous tous deux, et reviens dans ta cage.
                  Le Perroquet dit : Sire Roi,
                  Crois-tu qu'après un tel outrage
                  Je me doive fier à toi ?
    Tu m'allègues le sort : prétends-tu par ta foi (7)
    Me leurrer de l'appât d'un profane (8) langage ?
    Mais que la Providence ou bien que le Destin
                  Règle les affaires du monde,
    Il est écrit là-haut qu'au faîte de ce pin
                  Ou dans quelque forêt profonde,
    J'achèverai mes jours loin du fatal objet (9)
                  Qui doit t'être un juste sujet
    De haine et de fureur. Je sais que la vengeance
    Est un morceau de Roi, car vous vivez en Dieux.
                  Tu veux oublier cette offense :
    Je le crois : cependant il me faut pour le mieux
                  Éviter ta main et tes yeux.
    Sire Roi mon ami, va-t'en, tu perds ta peine ;
                  Ne me parle point de retour :
    L'absence est aussi bien un remède à la haine
                  Qu'un appareil contre l'amour.  


    Source: http://www.la-fontaine-ch-thierry.net/deperoifis.htm

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     Le Berger et la mer. (Fable de La Fontaine)

     

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  • Commentaires

    10
    Dimanche 17 Août 2014 à 17:36

    coucou je suis de retour de vacances ! bisous

    9
    Samedi 16 Août 2014 à 13:15

    Les fables de ce grand fabuliste français sont toutes superbes, il y en a écrites tellement que l'on ne les connais pas toutes, et on les découvre chez toi, merci ! passe un agréable week end gros bisous !

    8
    Samedi 16 Août 2014 à 09:24

    Bon week-end Nadia bisous

    7
    Jeudi 14 Août 2014 à 16:35

    une jolie fable où les hommes peuvent en tirer une leçon

    6
    Jeudi 14 Août 2014 à 10:01

    Bonjour Nadia,

    J'aime beaucoup les fables de La Fontaine qui me ramènent à la douce enfance. Bonne journée. Gros bisous. Dans l'absence il y a toujours la présence de ceux que l'on aime à qui nous sommes reliés par la pensée.

     

    5
    Mercredi 13 Août 2014 à 17:28
    LADY MARIANNE

    encore une belle fable que je découvre-
    merci pour la traduction !! c’est plus facile-
    bonne continuation !! big bisous !!

    4
    Mercredi 13 Août 2014 à 11:49

    Passe une bonne journée Nadia  bisous

    3
    Mercredi 13 Août 2014 à 10:59

    Bonjour Nadia,

    J'adore La Fontaine ; ce qui est bien avec toi, c'est que tu mets toujours deux versions, j'adore ! Passe une bonne journée, bises, Véronique

    ETE  et vacances ( S.S)

    2
    Mercredi 13 Août 2014 à 08:26

    J'adore les fables de La Fontaine. Merci. Bises et bonne journée. ZAZA

    1
    Mercredi 13 Août 2014 à 06:27

    J'aime les fables de La fontaine mais pour une fois je ne suis pas d'accord avec la morale de cette fable : Oh non l'absence n'est ni un remède à la haine ni un appareil contre l'amour. Belle journée Nadia

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